Outil clef du développement
Sujet de polémique, objet d’une crise aiguë d’incompréhension publique, le projet du nouveau centre d’essais reste "un dossier majeur de la filière ferroviaire dans la région, un outil nécessaire de son développement", résume Paul Raoult, sénateur du Nord chargé d’une mission de concertation qui doit déboucher sur une solution conjuguant atouts industriels et intégration dans l‘environnement naturel et...social. Enjeu décisif.
Le débat reste ouvert mais acteurs politiques, économiques et partenaires sociaux partagent une analyse unique : "La boucle d’essais est un outil dont la filière ferroviaire ne peut pas se passer".
Clef de voûte d’une stratégie de développement, le futur équipement doit apporter aux industriels de tout le système ferroviaire, opérateurs, laboratoires scientifiques, les capacités de mettre au point et d’homologuer de nouveaux matériels.
L’Europe ferroviaire est en pleine mutation. Chaque état possède ses normes nationales. Elles laissent peu à peu place à un corpus de "normes européennes", c’est-à-dire valables pour tous les pays membres : l’Europe du rail se construit sur ces nouveaux référentiels.
Objectif : un système de transport ferroviaire unique à l‘horizon 2020. Cette mise à niveau représente un énorme marché de modernisation qui touche à la fois le matériel roulant, la voie, la signalisation, la sécurité, l’énergie de traction, la gestion logistique.Vecteur de développement, le nouveau système en émergence représente des volumes importants de futurs matériels dont ceux de la grande vitesse, du fret, les trains intercity mais aussi les constituants de la voie, de la signalisation, de la caténaire. Le marché européen est premier destinataire de cette nouvelle génération de produits mais c’est sans compter l’impact sur le marché planétaire. Déjà, certains pays d’Asie s’intéressent de près à la nouvelle norme ferroviaire européenne.
Des besoins d’essais en croissance
Pour concevoir leurs matériels, pour mettre au point leurs produits, roulant ou non, les tester et obtenir leur homologation, les industriels ont désormais besoin d’une capacité propre d’essais. Les équipementiers sont autant intéressés que les constructeurs. Besoin de tester les roues et essieux pour la grande vitesse, validation des nouveaux bogies, de caisses intégrant des systèmes innovants de sécurité, essais de matériels de voie, de rails, de signalisation, essais d’interface roue-rail en pendulation, tests de systèmes de localisation, de navigation : la liste est très longue des usages de la future plateforme de tests.
Face à ces besoins, les équipements d’essais existants sont insuffisants, les réseaux saturés ou inaccessibles. En effet un projet nouveau demande plus de 330 jours d’essai, représente près de 13 600 kms de circulation et les nouvelles règles de sécurité, imposées par les autorités ferroviaires nationales et européennes limitent ou interdisent l‘accès aux réseaux commerciaux. Aussi, la future plateforme d’essais s’avère indispensable d’autant que la simulation numérique est très loin d‘être au point. Elle ne couvre pas tous les domaines et n’est pas reconnue pour la qualification des aspects sécurité.
Jean-Marie Vanzemberg, directeur du Centre d’essais ferroviaires de Petite-Forêt, chargé de l’interopérabilité au sein du pôle I-Trans souligne que "l’intérêt du futur outil est partagé par toute la filière. La communauté scientifique en tirera profit. La plateforme est conçue pour devenir un outil supérieur d’expertise. C’est un véritable booster d’innovation! Avec elle, c‘est un niveau accru de connaissances que la communauté scientifique et technologique ferroviaire nationale mais aussi de l’Europe de l’ouest pourra maîtriser et exploiter."
La proximité avec l’industrie régionale et les laboratoires universitaires focalisés sur le transport tirera vers le haut les connaissances de toute la filière. La plateforme d’essais s’imposera comme un catalyseur permettant d’agréger au tissu existant de nouveaux partenaires, industriels, bureaux d’études, laboratoires. Enfin, au-delà de l’activité économique, la plateforme induira un ensemble de projets d‘accompagnement dans l’aménagement du territoire pour les collectivités concernées.
Le futur outil sera un vecteur essentiel du développement du pôle ferroviaire régional. La filière gagnera en emplois, en puissance. Un échec du dossier serait une faute.






